x__________ E pisode 3ème __Enzo me décocha un regard amusé mais je n'eus pas l'occasion de m'énerver.
__La plaine était plus grande qu'un stade. L'herbe rasse à laquelle le soleil donnait une teinte rougeâtre dansait au vent. Au centre de cette étendue se tenait le logis. Il était étrange de voir cet immense manoir fait de matériaux simples, comme campagnards. Il donnait l'étonnante impression de ne pas être à sa place sans qu'on puisse l'imaginer autre part. Il dominait la pleine, et tout individu souhaitant s'y rendre devait traverser une centaine de mètres de cette herbe flottante, à découvert, d'où qu'il vienne.
___- Bienvenue au Repère ! lança Enzo tout en riant de moi.
__Il y avait toutefois moins d'ironie dans ces mots que dans les précédents, et je sentis que ce lieu représentais l'un de ses seuls repères. J'eus un sourire en remarquant la coïncidence des mots.
___- Pourquoi l'appelle-t-on ainsi? demandai-je toutefois.
___- Réfléchis !
__Il fit mine de me prendre par le bras mais, levant les yeux au ciel, se ravisa et se contenta d'un signe de tête m'odonnant de le suivre. Je m'éxécutai.
__En nous approchant du Repère, nous croisâmes quelques enfants. Ne me prétant aucune attention, ils s'arrétèrent de jouer pour fixer Enzo avec une admiration qui semblait habituelle.
Nous arrivâmes à la porte. Le batiment était plus imposant encore de près que de loin. Je me perdait dans sa contemplation.
___- Enzo ! lança une voix claire et féminine.
__Elle appartenait à une superbe jeune femme à la chevelure d'or qui se jeta dans les bras d'Enzo. Je ne pus m'empécher de ressentir un certain soulagement en remarquant qu'il ne lui rendait que faiblement son étreinte.
___- Je me suis inquiétée ! dit-elle en le relachant.
___- Je t'avais pourtant prévenue.
___- Mais je n'ai pas l'habitude que tu partes aussi longtemps.
___- C'est parce que j'ai trouvé une nouvelle en chemin, elle m'a ralenti.
__Cette phrase ajoutée à son plaisir évident à m'agacer fut de trop.
___- N'importe quoi! J'ai calqué mon pas sur le tien ! M'écriai-je furieusement.
__Il parut sur le point d'éclater de rire.
___- Allons, j'allais dix fois moins vite qu'à l'habitude.
__Je m'aprétais à répliquer quand la jeune femme m'entraîna par la main pour nous faire entrer dans l'immense salon dont les murs orangés semblaient se refléter sur les canapés vermeilles.
___- Enzo ! Soit poli pour une fois ! Tu ne nous a même pas présentées ! Je m'appelle Estée, ajouuta-t-elle à mon égard, et je suis la maîtresse de ce domaine.
___- Avec moi bien entendu ! Je ne sais pas pourquoi elle m'oublie tout le temps !
__Je me retournai pour voir un beau jeune homme aux yeux souriants qui s'était posté aux cotés d'Enzo. Ce dernier arborait une moue désabusée.
Estée soupira.
___- Avec notre très cher Edward, cela va de sois.
___- Tu n'as pas précisé combien tu m'aimes ! fit remarquer ce dernier.
___- Je ne vois pas pourquoi je te ferais plaisir lorque tu te montres exaspérant !
___- Je suis exaspérant? Moi? Exaspérant?
___- Vous êtes ridicules, trancha Enzo. Dementia, viens, je vais te montrer ta chambre. Il y a de la place dans celle de Phélia.
__Je souris à Estée et Edward puis le suivis sans broncher.
Nous montâmes les escaliers d'un bois de cerisier jusqu'au second étage. Enzo me fit entrer dans la troisième et dernière chambre.
Ses murs avaient étés recouverts de portraits crayonnés, faits avec un talent indéniable. Ni grande ni petite, deux lits occupaient son centre. Une jeune femme brune lisait sur celui du fond. Elle se releva et sourit avec douceur à Enzo avant de me dévisager avec indifférence. Ses traits si armonieux l'instant précédent s'étaient évanouis à ma vue. Flatteur, ne pus-je m'empécher de penser avec ironie.
___- Phélia, Dementia est nouvelle. Je pensais l'installer avec toi.
___- D'accord, aquiesça-t-elle raidement.
___- Pourra-t-elle t'empreinter quelques vêtements demain, avant qu'elle n'en trouve au village?
___- Depuis quand t'occupes-tu de l'installation des nouveaux? A moins que ça ne lui soit réservé?
__Elle avait mis tant d'amertume dans ce mot qui m'était destiné que je ne parvins à garder un visage neutre et fronçai les sourcils.
Enzo quant à lui la fusilla du regard.
___- Je l'ai trouvée, dit-il.
___- Oh mais ça explque tout ! Ce n'est pas comme si tu avais trouvé la moitié du Repère, comme si tu m'avais trouvé !
___- Assez ! Aide-la à s'installer au lieu de l'insulter sans la connaître.
___- Parce que tu la connais? Quoi qu'il en soit, elle n'a pas d'affaires, ajouta-t-elle avec un regard glacial.
___- Dans ce cas tu le feras demain après que je l'aie emmenée au village.
___- Encore toi? Estée ou Lizander ne pourraient pas s'en charger?
___- Je dois m'y rendre de toutes manières.
___- Quelle coïncidence, grinça-t-elle.
__Il se détourna d'elle et me fit face.
___- Fais donc connaissance, elle m'éxaspère ! lacha-t-il.
__Il voulu me donner une petite tape dans le dos, pour m'encourager, mais sa main retomba et il partit sans un regard. Je m'étonnais de le voir encore véxé pour ma réaction brutale du matin. Toutefois, j'avais d'autres préocupations, comme toutes ces questions qui me tracassaient...
___- Je suis une nouvelle. Il y en a donc souvent? C'est comme un établlissement ici? Qu'est-ce que le repère? lançai-je à la cantonade.
__Je me tournais vers l'impulsive Phélia et m'appercevai qu'elle pleurait. M'approchant, je lui frottai doucement le dos. Elle se dégagea brusquement et se tourna vers moi, toutes larmes séchées.
___- Oh mais va-t-en ! cracha-t-elle. Tu débarques comme ça, tu t'incrustes, tu pourrais au moins me laisser ma chambre !
___- C'est aussi la mienne à présent, fis-je remarquer. Mais je te laisse, Enzo a raison, l'ambiance est irrespirable ici.
__A peine avais-je fermé la porte que j'entendai des sanglots étouffés, et je regrettai ma réaction trop vive.
Descendant les escaliers, j'arrivai au rez de chaussée et traversai tranquillement le salon. Derrière se trouvait une grande salle à manger, dont l'essentiel de la place était occupée par une immense table de chêne massif. La contournant, je m'approchai de la cuisine. La pièce était petite et chaleureuse, et je trouvai Estée assise devant les fourneaux, coupant des pommes de terre. Elle me sourit.
___- Dementia ! Je voulais justement te parler.
___- Eh bien, j'ai moi aussi quelques questions...
___- Je n'en doute pas ! Je vais essayer de te répondre, je suis là pour ça après tout, déclara-t-elle gentiment.
___- J'entends dire que je suis nouvelle. Qu'entendent-ils par là? C'est un pensionnat ici?
___- Je vais t'expliquer, mais c'est plutot complexe à comprendre... Vois-tu, au Repère, nous regroupons tous les sans famille.
___- Mais... Je ne suis pas orpheline...
___- Laisse moi finir, me coupa-t-elle. Vois-tu, c'est très étrange. Personne n'a jamais compris pourquoi, mais certaines personnes ont le don. Enzo par exemple. C'est ainsi que nous trouvons les nouveaux. Ici, au Repère, nous accueillons toutes les personnes qui ont, justement, besoins de repères. Les orphelins par exemple, mais aussi les vieillards ou simplement des adultes.
___- Je n'ai vu aucun vieillards, fis-je remarquer.
___- En effet. Nous ne sommes pas le seul Repère dans la région. Les personnes plus agées se regrouppent généralement dans celui qui se trouve plus au nord, à l'est d'Astrel. Ici, la plupart sont des enfants.
___- Et qu'en est-il du don?
___- Ceux qui le possèdent sont généralement des personnes du Repère. Nous sentons que nous devons nous trouver à un certain endroit, à un certain moment. Nous trouvons ainsi la personne qui nous est destinée et la ramenons au Repère.
___- Alors j'étais destinée à Enzo? demandai-je, séduite par cette idée.
___- En quelques sortes, fit-elle avec un sourire, mais cela en sois ne veut pas dire grand chose... La moitié de ce domaine à été trouvée par Enzo. Mais... j'avoue que pour ce qu'il en est de toi, certaines choses m'intriguent...
___- Oh! Et quoi donc?
___- Eh bien, je pense que tu as pu remarquer que j'étais inquiète...
___- En effet, approuvai-je, me souvenant de leur étreinte.
___- C'est parce que, d'habitude, il me prévient lorsqu'il va trouver un nouveau, car cela prend parfois beaucoup de temps. Mais pour toi, il ne m'a pas prévenue. Il m'a avoué que... qu'il ne t'avait pas pressentie.
___- Et c'est important? m'inquiétai-je.
___- Non, juste intrigant.
__Elle me sourit, m'invitant à l'aider. Je m'installai et nous changeâmes de sujet.
___- N'est-ce pas difficile de nourir tout le Repère? demandai-je. Combien sommes-nous?
___- Oh, juste une petite centaine, sourit-elle. Mais il y a toujours de petites mains pour m'aider. Les enfants cuisinent très bien tu sais? Enfin... avant l'adolescence !
___- Ne dis pas ça en me regardant ainsi ! protestai-je. Tu n'as qu'un ou deux ans de plus que moi !
___- Quel age as-tu?
___- J'ai dix-sept ans.
___- Alors j'ai cinq ans de plus que toi, dit-elle, quelques peu véxée, en repoussant un longue mèche blonde.
___- Quoi? Tu as vingt-deux ans?
___- Tu en doutais ?
___- Euh... Non, non bien sur que non... répondis-je en voyant son regard assassin.
__Elle éclata soudain de rire, et la tension disparut.
___- Viens, me lança-t-elle. Laisse donc ces carottes et allons voir Phélia ! J'ai comme l'impression que votre rencontre ne s'est pas très bien passée...
©adementia
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